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Les orthoptistes

Le dictionnaire Robert appelle leur discipline l’orthoptique, et les traite d’orthopticiens ou orthopticiennes. Dans la vie courante, on parle d’orthoptistes qui pratiquent l’orthoptie. Elles sont trois à travailler avec les enfants accueillis par les services de l’Union des Aveugles. J’ai rencontré Céline FIORENTINI et Michèle CARTON.

– Les adultes n’ont donc pas besoin d’orthoptie ?

– Malheureusement si ; mais, actuellement, nous ne pouvons faire que des évaluations ponctuelles dans le cadre des demandes de financement de matériel basse vision auprès de la MDPH. Pour la rééducation orthoptique, les adultes doivent aller à l’ARAMAV de Nîmes ou dans le secteur libéral, et la Sécurité Sociale ne rembourse que dix séances par an. C’est très insuffisant pour une véritable réadaptation visuelle.

– Le problème vient-il seulement de la fameuse maîtrise des dépenses ?

– En fait, nous sommes encore les moins connus des trois O : ophtalmologistes, opticiens et orthoptistes. Un grand effort de sensibilisation reste nécessaire pour faire comprendre à tous, y compris à certains médecins, que notre travail optimise le leur et contribue à l’intégration des personnes mal-voyantes. Il faut qu’elles aient envie d’utiliser les aides optiques et qu’elles apprennent à se servir au maximum non seulement des instruments, mais des yeux eux-mêmes, de leur reste de vision. C’est là que nous intervenons.

– Pourriez-vous décrire rapidement les principales aides optiques ?

– Le monoculaire améliore la vision de loin, notamment dans la rue ou en classe pour le tableau : les élèves le placent d’une main devant un œil et peuvent écrire avec l’autre main. Pour la vision de près, les loupes à poser sont très maniables et présentent un grossissement par trois. Les loupes électroniques agrandissent jusqu’à quinze fois, mais elles sont plus difficiles à manipuler ; par contre, elles ont l’intérêt d’être réglables, même pour les couleurs : elles peuvent les transformer plus ou moins pour adapter les contrastes. Les téléagrandisseurs, eux, grossissent jusqu’à cinquante fois mais, malgré l’invention récente d’un modèle pliable, ils restent peu pratiques à transporter, par exemple quand on change souvent de classe. Un système prometteur consiste en une caméra articulée sur un ordinateur portable qui aidera à voir à la fois de près et de loin, mais on en est encore au stade expérimental.

– Et le braille ?

– Dans certaines écoles spécialisées, on l’apprend systématiquement aux enfants, au cas où. Dans notre service, c’est selon les besoins de chacun, pour ne pas surcharger l’emploi du temps des élèves et parce que toutes les pathologies n’évoluent pas forcément jusqu’à la cécité. De toute façon, apprendre la lecture ordinaire est important à la fois pour lire, même si l’enfant est amené à continuer en braille, et pour travailler la vision.

– Pourquoi disiez-vous qu’il faut aussi avoir envie ?

– Parce que la fatigue peut rebuter, de même que l’absence de résultats, l’angoisse de ne pas y arriver ou tout simplement l’apparence extérieure : certains enfants commencent par refuser toute aide optique à cause du regard de leurs camarades, il faut leur prouver tout ce qu’ils gagneront à les utiliser. Ensuite, il est important qu’ils ne soient pas tout seuls à chercher les bonnes solutions face aux problèmes visuels qu’ils rencontrent.

– Les appareils ne font donc pas tout, contrairement à ce qu’on veut parfois nous faire croire ?

– Non, bien sûr. Même avec quatre dixièmes, on peut avoir de mauvaises stratégies. Inversement, avec un vingtième, on peut encore utiliser beaucoup sa vision. Bien regarder, ça s’apprend, surtout quand on voit mal. C’est pourquoi nous rencontrons les enfants dès leur seconde visite à l’Union des Aveugles, en compagnie d’une instructrice en locomotion pour les grands enfants et les adolescents, ou d’une psychomotricienne pour les petits. Nous faisons un bilan moteur et un bilan d’efficacité visuelle : nous évaluons les mouvements oculaires, la fixation d’une cible ou sa poursuite quand elle bouge, les saccades qui permettent de passer d’une cible à une autre, mais aussi l’appréciation des distances et la coordination entre les yeux et la main. À partir de là, nous pouvons les aider.

– Comment faites-vous avec les tout-petits ?

– Dans un premier temps, nous essayons de savoir ce que le bébé voit et comment il utilise sa vision. S’il ne fixe pas les objets, nous captons son attention par des jouets sonores et aux couleurs très contrastées ou brillantes. Puis nous pourrons solliciter la poursuite grâce à une marionnette qui se déplace dans son champ visuel, une boule que l’on fait rouler ou une petite voiture. Pour affiner ses gestes, on lui demandera d’attraper des jouets de tailles différentes dans tous les points de son espace visuel : on l’oblige ainsi à bouger la tête et les yeux. À l’entrée à l’école, viendra le travail de la mémoire visuelle. C’est fondamental pour que l’enfant ait le plus de souvenirs possible au cas où il perde complètement la vue, et plus généralement pour déduire l’ensemble d’un objet à partir d’un fragment. Cette aptitude est importante dans la vie quotidienne des mal-voyants, mais elle l’est aussi quand on lit, pour anticiper un mot à partir de quelques lettres.

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l'élaboration de l'Union Info.

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