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Les enseignants spécialisés

Les adhérents de l’Union des Aveugles connaissent moins leurs noms que ceux des autres techniciens, et les rencontrent moins souvent au détour d’un couloir. Pourtant, c’est avec eux que l’Union a pris son nouveau souffle en 1991, lorsque le Président Louis GRAVIÉ a créé, pour la première fois en France, un Service d’Aide à l’Acquisition de l’Autonomie et à l’Intégration Scolaire (SAAAIS). Ils sont aujourd’hui sept enseignants spécialisés répartis sur les différents secteurs de l’Hérault et du Gard : c’est le corps de métier le plus représenté dans nos services.
Pour vous en apprendre davantage, j’ai rencontré leur coordonnatrice sur l’Hérault, Isabelle RIVOAL.

– Les responsables d’associations et de services ont souvent du mal à faire comprendre aux financeurs l’importance de la coordination pour la réussite d’un projet de réadaptation : qu’est-ce que vous coordonnez, au juste ?

– Comme coordonnatrice, je fais le lien entre les quatre collègues de l’Hérault, et avec l’inspecteur ASH du département, auquel nous sommes rattachés. En effet, chacun d’entre nous travaille sur les différents lycées, collèges et écoles d’un secteur géographique, et pourrait se sentir isolé : nous devons mettre en commun nos réflexions sur la pédagogie adaptée et harmoniser nos pratiques. Il faudrait d’ailleurs aussi échanger des informations avec les SAAAIS des autres régions de France, car il existe très peu de documentation sur l’intégration scolaire des enfants déficients visuels.

– Je suppose que chacun d’entre vous fait aussi beaucoup de coordination au quotidien ?

– Chaque technicien du SAAAIS qui intervient dans un établissement fait de la coordination. Mais nous servons de pivot entre l’établissement scolaire d’accueil, dont les enseignants et la direction n’ont jamais rencontré d’enfant mal ou non-voyant, et le SAAAIS qui accompagne l’élève dans sa réadaptation. Depuis la loi de 2005, cette activité a un cadre officiel, le Projet Personnalisé de Suivi, qui est une sorte de contrat entre l’établissement, le SAAAIS et la famille. Mais il n’impose qu’une rencontre par an entre les trois partenaires. Dans chaque secteur géographique, il y a aussi un enseignant référent pour tous les enfants handicapés accueillis, mais c’est nous qui devons garantir la cohérence du projet pour chaque élève, et faire comprendre les spécificités de la déficience visuelle et de la situation particulière de l’enfant.

– Au collège et au lycée, vous travaillez donc avec toute l’équipe éducative ?

– Quand c’est nécessaire, mais il ne faut pas multiplier les réunions qui compliquent l’emploi du temps et qui restent forcément théoriques. Le plus important, c’est de trouver une personne relais qui va être particulièrement motivée par le suivi concret de l’élève : cela peut être le professeur principal, le chef d’établissement, ou un autre administratif, le médecin scolaire, le psychologue ou l’assistant social, etc. Ce qui compte, c’est d’avoir un interlocuteur privilégié, parce que nous suivons chacun une dizaine d’enfants, presque toujours dans des établissements différents.

– Et les élèves, quand les rencontrez-vous ?

– Contrairement aux autres techniciens du SAAAIS, ce n’est jamais au domicile, toujours dans l’établissement scolaire. À l’école, ils peuvent s’absenter de la classe pendant une des activités. Mais dans le secondaire, il faut arriver à ne faire sauter aucun cours, ni aucune séance de réadaptation : nous rencontrons donc presque toujours les adolescents pendant les heures d’étude, une fois par semaine en moyenne, davantage s’ils en ont besoin. Avec les trajets d’un établissement à l’autre, cela nous fait des agendas assez compliqués à gérer.

– Mais il y a encore les parents et les autres techniciens du SAAAIS ?

– Nous rencontrons quelquefois les parents dans l’établissement scolaire mais, le plus souvent, dans une des antennes du SAAAIS et avec d’autres membres du service. Nous participons aussi aux réunions hebdomadaires de synthèse, chaque fois qu’il y est question d’un des élèves que nous accompagnons. Sur ce point, les nouveaux locaux de Montpellier, avec leurs possibilités de stationnement, ont beaucoup facilité les choses, même s’il reste encore des progrès à faire à Béziers.

– En plus des techniques indispensables à l’enfant mal ou nonvoyant, qu’apporte le SAAAIS à l’Éducation Nationale ?

– Fondamentalement, l’adaptation ou la transcription des manuels, car leur complexité de mise en page et de coloris empêche toute automatisation par des logiciels informatiques. Les versions agrandies en gros caractères doivent donc être fabriquées à la main, et le braille pose encore des problèmes, non seulement pour les tableaux et les schémas, mais pour la notation mathématique : le nouveau code braille français commence à peine à entrer en vigueur, et les élèves sont perturbés parce que beaucoup de livres ont été imprimés avant la réforme, donc avec l’ancien code. D’autre part, les centres de transcription nationaux préfèrent travailler les manuels récents qu’ils pourront rentabiliser ; or certains établissements scolaires gardent des manuels plus anciens. L’atelier de l’Union des Aveugles est donc irremplaçable.

– Y a-t-il d’autres éléments à améliorer pour favoriser l’intégration scolaire des enfants déficients visuels ?

– Notre propre formation ! et, du même coup, la transmission des expériences accumulées. Comme je vous le disais, il existe très peu de documents écrits, et nous apprenons avant tout par nous-mêmes, sur le tas. Selon la nouvelle réglementation, nous n’avons le droit d’aller à l’INSHEA (notre centre de formation, l’ex CNEFEI) qu’une fois que nous sommes nommés sur un poste d’enseignant spécialisé. Autrefois, la formation se faisait sur une année complète. Aujourd’hui, elle a lieu sous la forme de quatre stages de trois semaines, alors que nous avons déjà la responsabilité d’élèves en intégration : tout le problème est donc de se faire remplacer auprès des enfants. C’est la même chose pour les stages de formation continue, mais ils ne durent que trois jours. Ce point est crucial si nous voulons devenir des passeurs de savoir toujours plus performants.

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l’élaboration de l’Union Info.

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