Aller au contenu | Aller au menu | Aide - Accessibilité

Fiches métiers

L’Union des Aveugles est reconnue pour la qualité de ses services individualisés à la personne mal ou non-voyante. Mais cette action serait impossible sans l’affirmation de notre identité collective et sans notre représentation auprès des pouvoirs publics. Pour épauler nos militants dans ces tâches de plus en plus nombreuses et complexes, notre commission Communication a proposé le recrutement d’une attachée à la vie associative. C’est chose faite depuis avril 2007 avec l’arrivée de Nathalie GÉLIS MYR à trois quarts de temps, du mardi au vendredi. Je lui ai demandé en quoi consiste, au juste, son travail.

– L’administration de l’association ne doit pas vous prendre beaucoup de temps ?

– Beaucoup plus qu’on ne l’imagine ! L’association est créatrice et responsable des différents services d’accompagnement : elle doit donc être gérée de manière professionnelle pour faire valoir leurs résultats et leurs besoins auprès des financeurs. Cela implique que toutes nos réunions ne soient pas seulement des conversations à bâtons rompus, mais que les documents rédigés par le Secrétaire général soient archivés, consultables et communicables. Prenons l’exemple des procès verbaux de nos Assemblées Générales : très peu d’adhérents les lisent, mais ils sont vérifiés par l’expert comptable et le commissaire aux comptes au même titre que les documents financiers, transmis à la Préfecture et annexés à beaucoup de nos demandes officielles. Nous sommes aussi souvent obligés de citer mot pour mot des extraits de délibération de nos Conseils d’Administration, même si les comptes rendus entiers ne sont pas diffusés en dehors de l’Union.

– Vous êtes donc notre mémoire ?

– Disons que je tiens l’agenda, car tout cela doit être préparé en continu. Pour qu’une réunion soit harmonieuse et productive, il faut d’abord construire son ordre du jour avec le Président et le Directeur. Pour qu’elle serve à quelque chose, il faut aussi suivre les décisions prises, vérifier leur cohérence et tâcher de les mettre en pratique. Il faut également tenir à jour la liste des partenaires et celle des adhérents, à ne pas confondre avec celle des usagers. Par exemple, toujours pour les Assemblées Générales, nous convoquons les adhérents par courrier, mais nous informons aussi les usagers, ce que ne font pas toutes les associations. Le lieu et le traiteur doivent être réservés presque un an à l’avance ; surtout le traiteur, car à l’Union, il y a unanimité sur l’exigence gastronomique !

– Sérieusement, en plus de notre sensibilité gustative, la communication avec des personnes déficientes visuelles ne suppose-t-elle pas un gros travail d’accessibilité ?

– C’est mon deuxième grand domaine d’intervention, et c’est un chantier en constante évolution, notamment à cause des nouvelles technologies. Il faut y être attentif au quotidien pour une bonne compréhension mutuelle entre voyants et déficients visuels. Là aussi, c’est une question d’organisation : je fais des listes, pour savoir qui est informatisé, qui lit en braille ou en agrandi, qui préfère l’audio… Il faut aussi trouver la solution la plus efficace selon le type de document. Pour les échanges avec les adhérents, la base commune est le courrier en gros caractères avec un petit mot d’accompagnement en braille. Mais si besoin, j’ai une imprimante dans mon bureau et je peux transcrire en braille des textes plus longs. Pour les courriers officiels que reçoivent les administrateurs, cela va de la simple lecture en direct jusqu’au scannage avec sauvegarde en mode texte pour qu’ils puissent conserver le mot à mot des lettres importantes.

– Là, l’informatique vous donne un bon coup de main ?

– Oui, mais à condition d’être adaptée. Dans le cas des courriels, il faut rendre l’objet très explicite pour ne pas faire perdre de temps aux personnes qui écoutent par synthèse vocale, ou encore grouper plusieurs informations dans un seul message. Je prends aussi trois bonnes heures pour adapter la version électronique de chaque numéro de Montpellier notre ville, en mettant des liens sur chaque article du sommaire. Et bien sûr, j’enregistre la version audio sur CD de tous les numéros d’Union Express et Union Info. Enfin, avec un de nos informaticiens, je mets régulièrement à jour notre site Internet accessible à tous : www.uahv-lr.com

– Et en sens inverse, pour la communication des administrateurs avec l’extérieur, comment cela se passe-t-il ?

– Là aussi, cela dépend des sujets. Je peux traiter seule et assez vite les questions purement administratives ou les courriers de remerciement, par exemple pour les donateurs du loto. En revanche, les demandes aux élus doivent être rédigées par le Président, et les échanges techniques, notamment en matière d’accessibilité, sont forcément traités par le référent de la commission. Dans ces derniers cas, je peaufine la mise en forme, j’envoie au destinataire et je transmets copie aux administrateurs concernés pour qu’ils disposent d’un dossier à jour. Le but est qu’ils puissent travailler le plus possible directement, sans passer par moi.

– Vous n’êtes donc pas la secrétaire de chaque administrateur ?

– Et non ! car il me faudrait plusieurs vies, et où serait l’autonomie des personnes handicapées ? Je suis plutôt l’accompagnatrice des actions nouvelles, ou des actions considérées comme prioritaires par le Conseil à un moment donné, et conduites par tel ou tel administrateur. Ce rôle est bien illustré par ma troisième grande mission : l’accompagnement dans les réunions à l’extérieur. Il serait à la fois impossible et négatif que je le fasse pour la totalité des nombreuses instances auxquelles participe l’Union. Je le fais donc chaque fois qu’il y a une difficulté prévisible, c’est-à-dire quand le cadre est nouveau ou exceptionnel. Par exemple, cela a été le cas en 2008 pour le comité Tourisme et handicap, mais en 2010, j’ai surtout suivi l’enquête sur les Maisons Pour Tous de Montpellier conduite par notre commission Loisirs avec les étudiants de l’IRTS (Institut Régional du Travail Social).

– Enfin, votre dernière grande tâche est le développement et la gestion des programmes d’animation : à quoi cela correspond-il ?

– Cela commence par le suivi du travail de nos commissions, là encore, souvent pour des questions d’agenda. Dans le cas des loisirs, il faut lisser les dates sur l’année, planifier la logistique, penser aux délais d’information et d’organisation des participants, pour leur transport par exemple. Dans le cas de l’accessibilité, les autorités politiques ou administratives nous sollicitent très souvent à la dernière minute, ce qui oblige à gérer des urgences là où il pourrait très bien ne pas y en avoir. Récemment, il y a surtout eu l’organisation des quatre-vingts ans de l’Union ou des vingt ans des services Enfants. Ces moments de partage sont essentiels, car ils créent du lien entre les militants, les salariés, les adhérents et les usagers. Un de mes prochains chantiers va être de trouver des occasions pour rendre ces rencontres plus régulières.

– Quels sont donc vos autres prochains chantiers ?

– Avec notre nouvelle commission Bénévolat, il faut structurer un vrai réseau de collaborateurs voyants qui renforcera l’action de nos administrateurs. Et, bien sûr, poursuivre le travail sur les adhésions, qui est crucial pour que l’Union soit représentative des personnes déficientes visuelles qu’elle défend. Le nombre d’adhérents était de 135 en 2005, il est monté à 221 l’an dernier. Mais c’est un fil qu’il faut tisser et retisser constamment.

Propos recueillis par Bertrand VERINE

L’Union des Aveugles a pris le risque, dès 1989, de devenir une association gestionnaire de service agréé, en créant dans l’Hérault le premier SAAAIS1 pour enfants déficients visuels. En vingt ans, ont été créés deux antennes (à Nîmes et Béziers), le SAFEP2 pour les tout-petits, le SAPPA3 pour les adultes et plusieurs services annexes dédiés à la formation professionnelle. C’est pourquoi notre Conseil d’Administration a décidé de promouvoir Pierre PETIT du statut de « directeur des services » à celui de « directeur d’association et des services ». Il nous présente lui-même les changements qui expliquent cette décision.

– Commençons par le commencement : en dehors de l’échelon dans la hiérarchie, quelles différences y a-t-il entre les missions d’un chef de service et celles d’un directeur ?

– Nous travaillons évidemment en équipe, en nous répartissant les tâches. Les chefs de service coordonnent au quotidien chaque projet individuel d’enfant ou d’adulte accueilli et les interventions des différents techniciens ; ils rencontrent tous les usagers et beaucoup de partenaires de l’environnement social. En s’appuyant sur leur travail, le directeur négocie avec les autorités de tarification et les autres institutions qui financent notre action ; avec le Conseil d’Administration et son président, il fait évoluer le projet des services en fonction du projet associatif et des nouvelles réglementations. En somme, il assume la conduite générale de tous les services au niveau juridique, budgétaire et politique.

– Cette répartition n’est-elle pas récente ?

– Il est vrai que mon prédécesseur Jean-Louis BOUSQUET a cumulé toutes ces fonctions pour les services enfants jusqu’en 2001, et que j’ai moi-même mis en marche le service adultes sans chef de service de 2003 à 2007. Mais nous l’avons fait par manque de moyens budgétaires, en prenant sur nos congés et notre résistance physique. Cela a eu des aspects positifs au tout début, avec moins de dix salariés et quelques dizaines d’usagers, parce que cela permettait de faire un lien vivant entre tous les participants et toutes les facettes de notre action. Cela ne pouvait pourtant pas durer avec plus de deux cents usagers, plus de trente salariés et toutes les procédures lourdes créées par la loi de 2002 sur l’action sociale et médico-sociale.

– En quoi cette loi a-t-elle changé votre métier ?

– Elle a d’abord été mise en œuvre beaucoup plus rapidement que les précédentes, ce qui nous a obligés à rédiger en quelques mois cinq documents très utiles, mais particulièrement longs et complexes : le projet associatif avec le Conseil d’Administration ; les deux projets de service et les deux référentiels d’évaluation avec l’ensemble du personnel, ainsi que tous les documents nécessaires à l’expression des droits des usagers (livret d’accueil, règlement de fonctionnement, document individuel de prise en charge). Ensuite, cette loi s’est cumulée avec celle de 2005 sur les personnes handicapées, qui multiplie également les procédures et les dossiers. Enfin, le désengagement financier de l’État nous contraint à rechercher de plus en plus de partenaires différents : par exemple, le Conseil Régional pour les lycéens, les Universités (désormais autonomes) pour les étudiants, d’autres instances publiques et même privées pour la formation professionnelle. Tout ce travail ne peut être fait que par un directeur à temps plein, donc par un directeur qui s’appuie sur des chefs de service.

– Est-ce cette situation qui a créé un malaise chez certains salariés ?

– C’est l’enchaînement imprévisible et à contretemps entre le recrutement d’un puis deux chefs de service, mon arrivée en remplacement de Jean-Louis BOUSQUET et l’obligation légale de nous inscrire dans des cadres nettement plus contraignants qu’au début. Cela a provoqué beaucoup de changements en peu de temps. Mais, comme l’a montré le rapport de l’Agence Régionale pour l’Amélioration des Conditions de Travail, le malaise varie selon les personnes : certaines regrettent de devoir appliquer des règles qui s’imposent à tout le monde, alors que d’autres souffraient d’une pénurie d’encadrement qui est maintenant résolue.

– En fait, qu’attend-on aujourd’hui d’un directeur ?

– Tout dépend à quel « on » vous pensez, car nos différents interlocuteurs ont leurs logiques propres. Pour les juristes, le directeur doit être un prestidigitateur qui escamote les problèmes (financiers, sociaux ou même psychologiques) en proposant au personnel et aux usagers des cadres de fonctionnement, des protocoles, des procédures. Cette conception très aseptisée rencontre vite ses limites face aux urgences, aux tensions humaines et à la grande diversité de situation qu’engendre le handicap. Pour les financeurs, le directeur doit être un petit commis des pouvoirs publics qui répartit le contenu des enveloppes budgétaires, donc qui censure les besoins des salariés et des personnes accueillies quand les autorités n’ont pas le courage de le faire elles-mêmes.

– Ces deux logiques vont plutôt dans le même sens : comment leur résister ?

– Il y a une troisième logique, heureusement : c’est l’association qui emploie le directeur, et un décret de 2007 a clairement posé que l’association choisit les missions qu’elle veut déléguer à son directeur. Or, dès mon entretien d’embauche, l’Union des Aveugles m’a demandé de privilégier le projet associatif, l’accompagnement global des personnes et le développement des services.

– Ces contradictions ne risquent-elles pas, malgré tout, de faire passer au second plan les réalités concrètes du handicap visuel et les besoins des personnes qui en sont porteuses ?

– C’est le piège dans lequel il ne faut pas tomber. Mais je sais que je peux compter sur la motivation des salariés, sur un Conseil d’Administration très majoritairement constitué de personnes déficientes visuelles, sur les réunions de consultation des usagers, etc. C’est donc à moi de trouver les solutions pour rendre toutes ces demandes de terrain compatibles avec les contraintes administratives et budgétaires, et les convertir en projet réalisable.

– Auriez-vous un exemple simple ?

– Oui, la transformation du service adultes en SAMSAH4 : elle va nous permettre de retrouver notre logique d’accompagnement global des personnes. En effet, les usagers seront orientés vers le service par la CDAPH5 et pourront construire un projet individuel complet, alors qu’aujourd’hui ils sont obligés de décider quelles prestations ils doivent se payer en priorité (très souvent, la locomotion et l’informatique) en laissant tomber les autres qui leur seraient également très utiles (les AVJ et le braille notamment).

– Tout cela correspond à la direction des services, mais en quoi consiste la direction de l’association, donc votre nouvelle mission ?

– En théorie, le directeur des services s’occupe seulement de la marche du bateau, tandis que le directeur d’association et des services doit en plus aider le Conseil d’Administration et son Président à scruter l’horizon, prévoir l’évolution et le développement de toutes les activités. En pratique, il est parfois impossible de tracer une frontière stricte : par exemple, j’ai aidé à la mise en forme du projet associatif à partir des propositions des administrateurs ; de même, une partie des démarches qui ont conduit à transformer le service adultes en SAMSAH4 relèvent plutôt de la direction d’association. Grâce au second poste de chef de service, qui me décharge de beaucoup de tâches de gestion, nous pouvons maintenant officialiser et augmenter cette part de mon travail.

– Qu’allez-vous donc faire de neuf ?

– D’un côté, certaines améliorations de ce qui existe impliquent un travail de fond qui était incompatible avec la gestion quotidienne. L’exemple le plus crucial est sans aucun doute la question de l’orientation scolaire et de l’insertion professionnelle : les personnes déficientes visuelles restent très pénalisés dans ce domaine et, si nous voulons progresser, il faut trouver le temps d’organiser des échanges entre tous les SAAAIS1 de France pour essayer d’éviter les erreurs d’orientation et d’élaborer des stratégies de réussite. D’autre part, il faut préparer l’avenir.

– Sur ce point, pouvez-vous raisonnablement être optimiste ?

– Raisonnablement oui, c’est-à-dire avec modération. La principale question à résoudre est : comment allons-nous résister à la concurrence du secteur marchand non spécialisé, qui peut proposer pour moins cher un accompagnement de mauvaise qualité ? Allons-nous nous fondre dans un super-établissement régional regroupant plusieurs services sans véritable liberté de projet ? Nous travaillons plutôt avec la Fédération des Aveugles de France à construire un réseau national de compétences spécifiques. Cette structure doit être suffisamment puissante pour poursuivre la réadaptation par des techniciens hautement qualifiés et pour accompagner, en partenariat avec d’autres spécialistes, les personnes souffrant de plusieurs handicaps. Si nous réussissons ce pari, je n’aurai pas écarquillé les yeux pour rien.

1 SAAAIS : Service d’Aide à l’Acquisition de l’Autonomie et à l’Intégration Scolaire.
2 SAFEP : Service d’Accompagnement Familial et d’Éducation Précoce.
3 SAPPA : Service d’Adaptation Pour Personnes Aveugles.
4 SAMSAH : Service d’Accompagnement Médico-Social pour Adultes Handicapés.
5 CDAPH : Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées.

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l’élaboration de l’Union Info.

LE MÉDECIN RÉFÉRENT : UN GUIDE POUR LA FILIÈRE DE RÉADAPTATION

Notre Directeur en rêvait, le SAMSAH l’a fait ! Pour les enfants du SAAAIS / SAFEP, il a obtenu de haute lutte quelques heures de conseil d’un ophtalmologiste. Grâce au changement de statut de notre service pour adultes, les techniciens et les personnes accueillies bénéficient désormais, trois demi-journées par semaine, de l’expertise de Bruno RÉMOND. Je l’ai rencontré pour vous présenter cette innovation.

– Quels sont les besoins en ophtalmologie dans notre service ?
– Je ne suis pas ophtalmo, mais généraliste formé à la déficience visuelle, et chargé du suivi médical des réadaptations. C’est ce qu’on appelle la médecine physique de réadaptation (ou de rééducation fonctionnelle). C’est une discipline transversale, dont le but n’est pas de soigner tel ou tel organe, mais la personne dans sa globalité, afin de l’amener à vivre avec son handicap par des stratégies de compensation. Son objectif ne peut pas être de guérir le patient, mais de le soulager ou de l’aider à compenser les séquelles d’une maladie ou d’un accident. Depuis douze ans, je faisais cela à mi-temps à la clinique du Belvédère, mieux connue des personnes handicapées de la vue sous le nom d’institut ARAMAV à Nîmes. L’autre mi temps était consacré à un travail médico/administratif dans une clinique chirurgicale. Désormais, je consacre tout mon temps aux déficients visuels, entre l’ARAMAV de Nîmes et le SAMSAH de l’Hérault.

– Quelles relations avez-vous donc avec les ophtalmos ?
– À l’ARAMAV, j’ai pris la suite d’un ophtalmo, qui s’était lui aussi formé au handicap visuel. Car ce n’est pas leur spécialité de départ. Leur domaine officiel est l’œil et ses pathologies. Notre domaine à nous est la personne handicapée de la vue. Bien entendu, je lis et j’intègre à notre travail les dossiers transmis par les ophtalmos, qui me sont indispensables. Je viens d’écrire à tous ceux de l’Hérault afin de me présenter comme un nouvel interlocuteur, d’attirer leur attention sur le passage du SAPPA au SAMSAH et de leur rappeler l’intérêt de notre service pour ceux de leurs patients qui perdent la vue. Mais je compte surtout sur les relations que je vais établir avec chacun à propos de tel ou tel usager. J’essaie le plus souvent possible de le faire par téléphone pour personnaliser davantage le contact.



– Pourquoi avons-nous tant de mal à faire reconnaître le travail de l’Union des Aveugles par les médecins spécialistes ?
– Comme vous le savez, ils ne sont pas assez nombreux et, donc, manquent cruellement de temps. Or, pour comprendre les besoins spécifiques d’une personne amblyope ou en train de perdre la vue, il faut du temps, notamment pour l’écouter, car chacune a sa problématique particulière. De plus, l’orthoptie du reste visuel ne s’est développée que depuis trente ans, et reste mal connue (cf. Union Info n° 51). Dans le Gard, le Docteur DUPEYRON organise régulièrement des conférences spécialisées à l’ARAMAV, ce qui permet de faire connaître les locaux et les activités. Dans l’Hérault, c’est un travail de longue haleine à entreprendre, car il est difficile pour un médecin d’admettre qu’il ne peut pas guérir son patient et qu’il doit passer le relais aux rééducateurs en vue d’un accompagnement différent, mais tout aussi crucial.

– Revenons au SAMSAH. Comment intervenez-vous auprès de nos usagers ?
– Je les reçois pendant trois quarts d’heure à une heure dans le cadre de leur admission : c’est une nouvelle étape, à côté de leurs entretiens avec le chef de service, la psychologue et l’assistante sociale. Cela me permet de faire le point sur leur dossier, donc l’histoire de leur pathologie et leur état visuel du moment, mais aussi d’autres traitements ou problèmes de santé : certains peuvent être liés au handicap visuel, comme le diabète, par exemple ; d’autres n’ont aucun rapport avec les yeux, mais peuvent avoir des conséquences sur le programme de réadaptation. En tant que confrère, je peux contacter l’ophtalmo, le médecin de famille ou un autre spécialiste, si des précisions sont nécessaires pour le service, et dans le respect du secret médical.

– Et pour la personne elle-même ?
– Chacun peut, bien entendu, prendre rendez-vous avec moi s’il en a besoin. Je peux répondre à des questions que la personne n’a pas posées à son médecin, faute de temps ou parce qu’elle n’y a pas pensé sur le moment. Je peux réexpliquer des points compliqués en prenant soin de traduire le jargon médical. Je peux rassurer sur les chances de réussite d’une opération, pour la cataracte par exemple. Si le cas se présente, je peux même aider le patient à mieux formuler un besoin à son médecin traitant.

– Quel est votre rôle après l’étape d’admission ?
– Depuis six mois, je n’ai évidemment pas pu intervenir dans le suivi ou l’évaluation, et encore moins dans les fins de prise en charge ou les sorties du service : nous allons construire cela progressivement. Mais je participe aux réunions hebdomadaires des rééducateurs, je travaille régulièrement avec les orthoptistes et, ponctuellement, avec n’importe quel rééducateur qui me le demande.

– Le Cours d’Adaptation Pour Personnes Aveugles, ancêtre de notre SAMSAH, a été imaginé par Louis GRAVIÉ pour prendre le relais des centres de réadaptation lors du retour de la personne à son domicile. Aujourd’hui, nous avons signé une convention avec l’ARAMAV, et vous travaillez vous-même dans les deux structures : comment concevez-vous leur complémentarité ?
– C’est un grand atout pour les déficients visuels de notre région, car cela donne la possibilité d’articuler les deux démarches de manière très souple. Certaines personnes qui perdent la vue ne sont pas prêtes à assumer tout de suite la réadaptation à temps complet que propose l’ARAMAV, parce qu’elles ne supportent pas l’idée du handicap, ou parce qu’elles ne reconnaissent pas toutes les difficultés qu’entraîne la déficience. Il leur faut un cheminement qui prend du temps, et le SAMSAH peut les amener progressivement vers cette décision. Par la suite, il peut les aider à transposer dans leur environnement quotidien les stratégies de compensation qu’elles ont acquises à l’ARAMAV. D’autres personnes ont seulement besoin d’un séjour de réadaptation, et d’autres seulement d’un accompagnement par le SAMSAH. Quand il faut les deux, l’expérience prouve que l’existence d’un SAMSAH permet presque toujours d’écourter le séjour en établissement.

– Que répondriez-vous si, par exemple pour des questions d’économie, l’administration envisageait de supprimer l’une des deux possibilités, comme c’est le cas pour les internats en écoles spécialisées ?
– Ce serait un contresens dramatique. Même si le SAMSAH propose toute la palette des réadaptations, chaque usager en privilégie une ou quelques-unes, qui répondent plus directement à ses besoins, alors qu’à l’ARAMAV, il s’immerge à temps plein dans un programme global et systématique. Ce sont vraiment deux stratégies complémentaires. Pour un grand blessé de la route, après l’opération, les traumatologues et les chirurgiens pensent naturellement au centre de réadaptation, puis viennent les soins à domicile et enfin le cabinet du kinésithérapeute. Pour la déficience visuelle, il faut absolument faire entrer dans les mœurs l’idée de parcours de soin, ou de filière de réadaptation.

Propos recueillis par Bertrand VERINE

Dit comme ça, « référent PPS », ça fait un peu extraterrestre. Mais c’est bien à l’Union des Aveugles que j’ai rencontré l’ergothérapeute chargé des Prestations Ponctuelles Spécifiques, et s’il a souvent recours aux nouvelles technologies, c’est tout simplement pour favoriser l’insertion, le maintien ou le retour dans l’emploi des personnes handicapées visuelles du Languedoc-Roussillon. Il s’agit du dernier-né de nos services annexes : il a été lancé le 15 avril 2007 grâce au financement de l’AGEFIPH.

– En quoi consiste, au juste, ce nouveau métier ?

– Avant tout, je suis ergothérapeute : étymologiquement, j’ai donc pour but la réadaptation par la pratique d’activités. Par exemple, les rééducateurs en Actes de la Vie Journalière (avéjistes) ont très souvent cette formation, de même qu’Hélène CHEVALIER qui encadre les ateliers collectifs du SAPPA et prépare nos usagers à l’informatique adaptée par l’apprentissage du clavier. Concrètement, dans le cadre des PPS, ma mission est d’adapter l’environnement de travail à la personne handicapée et la personne handicapée à son environnement de travail.

– Pourquoi ce nom, Prestations Ponctuelles Spécifiques, ou PPS ?

– Parce qu’il ne s’agit pas d’un service pérenne d’accompagnement global de la personne, comme tous ceux de l’Union des Aveugles, mais d’une série de cinq actions conventionnées par l’AGEFIPH et ciblées sur l’emploi des travailleurs handicapés. La première est l’analyse approfondie du projet professionnel de la personne ; la seconde, l’évaluation de ses capacités fonctionnelles par rapport au poste visé ; la troisième, l’identification des techniques de compensation nécessaires ; la quatrième consiste dans la mise en oeuvre de ces techniques, et la cinquième dans la sensibilisation des collègues de travail au handicap de la personne.

– Reprenons les étapes dans l’ordre : quel est le parcours des personnes que vous suivez ?

– La personne nous est envoyée soit par le SAMETH (Service d’Aide au Maintien dans l’Emploi des Travailleurs Handicapés), si elle a un travail au moment où sa vue baisse ou disparaît, soit par Cap Emploi si, ayant déjà un problème visuel, elle veut trouver ou retrouver un travail. Ces deux structures sont responsables du projet professionnel de la personne et nous délèguent sa dimension technique en prescrivant les PPS. La première étape, incontournable, est donc une rencontre à trois pour bien préciser le projet de la personne, les attentes du SAMETH ou de Cap Emploi, et notre calendrier d’action. Lors de la deuxième étape, nous faisons un bilan des compétences, plus ou moins approfondi selon les cas.

– Puis arrive la partie vraiment spécifique de votre travail ?

– Oui, identifier les techniques de compensation. Il s’agit souvent de matériel spécialisé, mais parfois cela peut être un appareil du commerce dont le cadran est assez gros pour être lu par un mal-voyant ou dont les touches sont suffisamment bien conçues pour être utilisées sans voir. On peut aussi repenser certaines procédures de travail : par exemple, imprimer sur papier certaines données indispensables aux tâches de la personne pour qu’elle n’ait pas à les lire sur écran informatique. Nous pouvons enfin proposer une aide humaine pour certaines actions. La quatrième étape, dite de mise en oeuvre, consiste à expérimenter les solutions proposées : le matériel, notamment, est prêté pendant deux semaines au moins, et nous assurons plusieurs heures de formation pour la personne. Enfin, si le dispositif fonctionne, nous l’expliquons aux collègues du salarié handicapé pour qu’ils comprennent à la fois son efficacité et ses différences par rapport à leur manière habituelle de travailler : il faut qu’ils aient confiance et envie de jouer le jeu.

– Y a-t-il des cas où ça ne marche pas ?

– Malheureusement, c’est déjà arrivé une fois. Il est important de dire que la personne handicapée est libre d’estimer qu’elle n’est pas prête à garder ou à prendre l’emploi pour lequel les PPS ont été prescrites. Ce qui compte, c’est que nous fassions la preuve du sérieux des actions entreprises : il y a une restitution pour chaque prestation individuelle contrôlée par le SAMETH ou par Cap Emploi, et un bilan trimestriel d’ensemble pour l’AGEFIPH.

– Pouvez-vous déjà tirer quelques conclusions de vos premières expériences ?

– Le dispositif général n’existe que depuis 2006, et l’action de l’Union des Aveugles en Languedoc-Roussillon n’a commencé que depuis un trimestre. Mais nous avons déjà accompagné sept personnes, quatre en recherche de travail et trois pour un maintien dans l’emploi : une kinésithérapeute, une animatrice radio et une conseillère d’insertion professionnelle. Deux résident dans l’Hérault, deux dans le Gard et trois dans les Pyrénées-Orientales. Selon la convention signée avec l’AGEFIPH, nous devons suivre un cinquième des déficients visuels repérés sur la région, soit trente-cinq bénéficiaires potentiels jusqu’au 31 décembre. Ensuite nous répondrons à un appel d’offre pour savoir si nous continuons ou si une autre association est conventionnée. Mais c’est manifestement un travail pour l’avenir.

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l’élaboration de l’Union Info.

De l’animation, c’est d’abord dans l’agenda de travail d’Éric VIDAL, Emmanuel SOUYRIS et Igor LARA qu’il y en a. Jugez plutôt : ils ne sont que trois pour conseiller les candidats toujours plus nombreux à l’informatisation, adapter les nouveaux postes de travail ou rénover les anciens, initier les débutants et compléter la formation de ceux qui changent de système... Mais aussi, quand ils ont deux minutes devant eux, maintenir le réseau de la quinzaine d’ordinateurs du personnel de l’Union, faire évoluer notre site Internet et se tenir au courant des nouveaux matériels en informatique adaptée. Avec cela, ils trouvent tous les deux le moyen de rester patients face aux machines et disponibles pour les usagers, ou quelquefois l’inverse. Comme eux, soyons donc méthodiques, et reprenons les choses dans l’ordre.

– Quelles sont vos missions principales ?

– Pour qu’une personne handicapée visuelle se mette à l’informatique, il faut déjà qu’elle puisse choisir et financer des outils adaptés à sa situation et à ce qu’elle veut faire. Malgré des délais un peu longs, le financement est maintenant plus facile grâce aux MDPH (Maisons Départementales des Personnes Handicapées). Quand la personne a une idée de ce qu’il lui faut, nous sommes seulement là pour certifier que le projet est cohérent, qu’il n’y a ni incompatibilité, ni double emploi entre les appareils ou entre les logiciels. Si besoin est, nous indiquons à la personne l’existence d’autres produits mieux adaptés à sa demande.

Voyager– Mais quand les gens n’ont aucune idée, comme les débutants ?

– Dans ce cas, nous sommes là pour les conseiller en partant des activités pour lesquelles ils ont besoin de l’informatique : plutôt pour écrire ou plutôt pour lire, au travail, dans la vie quotidienne, pour les loisirs, ou pour toutes ces activités à la fois. Pour leur faire tester concrètement les produits, nous pouvons nous déplacer chez les personnes avec un ordinateur portable, mais l’idéal est qu’elles viennent au siège : allée de Montmorency, nous disposons en effet du logiciel de synthèse vocale Jaws, des bloc-notes Visiobraille et VarioNote, du grossissement d’écran Zoomtext, de la reconnaissance de caractères Openbook, etc. Les matériels financés par l’Éducation Nationale dans le cadre du SAAAIS nous permettent aussi de connaître d’autres produits comme Iris, par exemple. Une fois les choix faits, nous établissons les devis, nous montons le dossier et nous le transmettons.

– Ensuite, vous passez à la formation des futurs utilisateurs ?

– Oui, mais nous devons d’abord adapter toute l’installation pour leur permettre de travailler sur les mêmes logiciels que les voyants, notamment en milieu professionnel. D’une part, ces logiciels présentent certaines options visuelles qu’il faut supprimer pour ne pas compliquer les tâches ou parce qu’elles font mauvais ménage avec la synthèse vocale. D’autre part, les voyants travaillent surtout avec la souris, que nous devons remplacer par des raccourcis au clavier choisis en fonction des objectifs prioritaires de l’utilisateur handicapé visuel. Le grossissement d’écran pour les amblyopes s’adapte à peu près à tous les systèmes mais, notamment dans les entreprises, il faut trouver des astuces pour rendre accessibles les logiciels existants. Certains usagers ont également des demandes particulières, comme le traitement de la musique ou le découpage d’enregistrements sonores. Il y a toujours une solution, mais elle n’est jamais standard.

– Concrètement, comment se passent les formations ?

ZoomText– Selon le principe de toutes les réadaptations de l’Union, nous nous rendons le plus souvent au domicile ou sur le lieu de travail des personnes pour des séances d’une heure et demie, à raison de six ou sept utilisateurs chacun par semaine.

– Vous formez aussi les élèves du SAAAIS ?

– Oui, notre benjamine a sept ans ! et nous testons avec elle un prototype donnant accès à des jeux grand public grâce à un support tactile : pas une de ces vitres lisses inutilisables par les aveugles, comme sur les plaques de cuisson ou certains distributeurs automatiques ; mais une page thermoformée avec des dessins en relief sur lesquels on appuie pour dialoguer avec l’ordinateur. En même temps, nous l’initions au clavier AZERTY pour qu’elle le maîtrise parfaitement à son entrée en sixième : elle pourra ainsi prendre ses notes et faire ses devoirs. L’Éducation Nationale encourage l’utilisation de l’ordinateur, et nous avons un projet de protocole informatique pour tous les élèves du Gard. Nous espérons même pouvoir les organiser en réseau par Internet.

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l’élaboration de l’Union Info.

Ils ouvrent les portes de nos services, pour y entrer... et pour en sortir, une fois l’autonomie acquise. Mais construire l’intégration implique aussi d’ouvrir des fenêtres sur le milieu de vie. Trois assistants sociaux travaillent à l’Union des Aveugles. J’ai rencontré Christophe PERO, qui accompagne les adultes dans l’Hérault, le Gard et l’Aude.

– Quand on pense « assistant(e) social(e) », on pense à une femme et à des kilos de dossiers administratifs : apparemment, ça n’est pas tout à fait le cas à l’Union des Aveugles ?

– Il est vrai qu’il y a seulement 6 % d’hommes dans la profession, mais il faut s’habituer à dire aussi « un assistant social », car ils sont de plus en plus nombreux à choisir cette voie. Quant aux dossiers, ils occupent 70 % de notre temps, mais le plus dur, ce sont les milliers de kilomètres que nous parcourons chaque année, pour faire la partie la plus passionnante et la moins connue de notre travail : mettre les gens en relation, créer du lien et même du réseau. Bien sûr, on pense aux assistants sociaux d’abord dans les situations de gêne financière ou de blocage administratif, et nous sommes là pour aider à l’obtention des allocations, au montage des dossiers de matériel spécialisé, etc. Mais ces démarches passent aussi par la mise en place de relais : l’assistant social d’établissement pour un jeune en intégration scolaire, l’assistant social de secteur pour un adulte, ou même l’équipe d’accompagnement pour une personne âgée. dans ce dernier cas, il s’agit surtout de sensibiliser le milieu de vie aux particularités de l’accompagnement d’une personne aveugle. L’immense majorité du temps, notre travail consiste à amener tous les partenaires à vivre avec la personne sans la réduire à son handicap.

– Y a-t-il encore beaucoup de résistances dans la société d’aujourd’hui ?

– Chaque situation de handicap est toujours forcément inédite pour tous les gens qui y sont confrontés, aussi bien la personne elle-même que son entourage. À partir de là, tout est question d’ouverture à l’autre : nous avons même connu une professeur de chant qui estimait son cours inaccessible à un élève amblyope, par ignorance ou par crainte. C’est face à ce genre de blocages que nous pouvons avoir une action de médiateurs, mais à condition de nous rendre sur place, car ce n’est ni par courriel, ni par téléphone, encore moins par lettre, qu’on dénoue un problème. Pour rendre les attitudes plus souples et faire ressentir la complexité et la globalité de la situation d’une personne handicapée, il faut une rencontre directe : souvent, nous accompagnons la personne auprès de quelqu’un qui n’aurait pas voulu la rencontrer au départ.

– Et vous, comment avez-vous été sensibilisés au handicap visuel ?

– Par notre travail à l’Union : et c’est justement cela qui est intéressant. Il y a dans les services de l’Union des spécialistes très compétents sur les différentes facettes du handicap visuel. Notre rôle à nous, c’est d’être généralistes pour viser l’intégration de la personne en fonction de sa réadaptation. Pendant nos trois ans d’études à l’Institut Régional du Travail Social et nos 18 mois de stage, nous nous sommes initiés à toutes sortes de milieux : l’hôpital, la Sécurité sociale, l’Éducation nationale, les structures de formation professionnelle, etc. Cela nous aide à trouver dans l’environnement de chaque personne des terrains précis et des occasions concrètes de socialisation, qui vont permettre de transformer les soucis négatifs en projet positif.

– Vous auriez un exemple ?

– Avec les jeunes, une démarche très intéressante est l’accès aux loisirs dans les lieux non spécifiques de leur quartier ou de leur village, pour qu’ils ne restent pas en circuit fermé entre le SAAAIS et l’école ou le collège. À partir des possibilités locales et des désirs de l’enfant, il faut encourager la famille à tenter l’expérience et, quand ça marche, cela déclenche tout un processus très positif, par exemple une forte motivation pour la locomotion. Ce type d’activités est essentiel afin d’éviter que le SAAAIS, ou même le passage du SAAAIS au SAPPA pour un jeune adulte, ne se transforme en une bulle protectrice, presque aussi fermée qu’un établissement spécialisé.

– Le passage en établissement n’a-t-il pas quand même du bon, parfois ?

– Bien sûr, à condition justement que ce soit un passage, et que l’établissement soit considéré comme un milieu social parmi d’autres. Il faut en parler dès le début, comme d’une éventualité normale, car l’expérience double, l’aller-retour avec l’intégration, est souvent très positive. Dans ce milieu-là, on va pouvoir davantage prendre son temps, se stabiliser, se ressourcer même, en rencontrant des pairs au sens de semblables. Mais cela n’a d’intérêt que pour retourner ensuite vers les autres, vers la vie ordinaire.

– En fait, vous vous demandez toujours ce qu’il y aura après et dehors ?

– Oui, et c’est le plus grand intérêt du projet associatif, des projets de service et du Document Individuel de Prise En Charge. À l’opposé des prestations de service auxquelles certains décideurs veulent nous limiter, cela nous a tous conduits à bien avoir à l’esprit que notre mission est l’accompagnement global de la personne, y compris sur des terrains sans lien direct avec le handicap, et que notre but, c’est qu’elle puisse sortir du service.

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l’élaboration de l’Union Info.

Il n’y en a qu’une petite cinquantaine en France, et deux d’entre eux, Christine LYNEEL et Christophe AUVERGNE, travaillent dans les services de l’Union des Aveugles : ce sont les rééducateurs en Actes (ou Activités) de la Vie Journalière (A.V.J.).

– La vie journalière, cela va de soi, non ?

– Tous ceux qui savent faire ne se souviennent même pas avoir un jour appris à se laver, à s’habiller, à manger... Et pourtant ! Un enfant qui n’a jamais vu ne peut imiter aucun modèle. Une personne qui, en perdant la vue, sent disparaître tous ses repères ordinaires, doit reconstruire ses habitudes, prendre de nouvelles marques, non pas retrouver ses sensations, mais conquérir des sensations neuves. C’est d’abord à cela que nous les aidons : à faire que les gestes courants ne soient ni une gêne, ni un danger, ni une angoisse... mais qu’ils soient naturels, qu’ils soient la vie et souvent, même, un plaisir. Parce que s’adapter à la mal vision ou à la cécité commence par la confiance en soi et dans les choses.

– Les A.V.J. sont donc au cœur de la réadaptation de la personne ?

– Oui, mais nous contribuons aussi à l’adaptation des objets pour les rendre accessibles. C’est le résultat qui compte : si une personne a trouvé son astuce à elle pour accomplir une tâche, on lui dit bravo et, si elle en a besoin, on l’aide à perfectionner sa méthode. Il suffit que ce soit sans danger et que le but visé soit atteint. À partir de là, tous les moyens sont bons : les avéjistes sont un peu chiffonniers, un peu ferrailleurs, voire fouilleurs de poubelles. Surtout, n’allez pas jeter devant nous un bouchon-doseur de pastis : quel meilleur outil pour qu’un ou une aveugle réussisse parfaitement sa vinaigrette ?

– Il y a quand même du matériel spécialisé ?

– Force est de constater qu’il est rare, cher, et pas toujours bien pensé. Voilà pourquoi nous sommes des professionnels de la débrouille. C’est également vrai pour les enfants : car, quoi qu’en disent les catalogues, les jouets basés sur le toucher, l’odorat ou le goût s’avèrent très pauvres. Tenez ce livre pour apprendre aux tout petits à s’habiller : il a été fabriqué dans notre service en un seul exemplaire. Chaque page matelassée présente un type d’attache, de la plus simple à la plus compliquée : la bande auto-agrippante façon velcro, les différentes formes de boutons et de boutonnières, la fermeture éclair avec butée puis sans butée, les boucles de ceinture, de courroie ou de bretelle, enfin les lacets. Presque toutes ces attaches donnent accès à des poches, dans lesquelles l’avéjiste pourra placer des surprises.

– Cela doit prendre un temps fou ?

– Heureusement, parce que notre SAAAIS est réputé, de nombreux étudiants en travail social ou en ergothérapie demandent à y venir en stage. Ce sont souvent eux qui réalisent le matériel pédagogique. Car, à nous deux, nous n’aurions assurément pas le temps de produire ces petites merveilles. Nous travaillons individuellement avec une douzaine de personnes chacun, une à trois fois par semaine, à raison d’une à deux heures par séance. Et la rééducation se fait le plus souvent au domicile des personnes, parfois à l’école pour les enfants, donc dans n’importe quel coin du Gard ou de l’Hérault. Des ateliers collectifs réunissent aussi nos jeunes plusieurs fois par an, soit au siège de l’Union, soit dans des lieux propices à une activité particulière : le cirque par exemple.

– En fait, vous enseignez l’autonomie ?

– Et, dans un certain sens, la dignité. Notre but est que chaque individu trouve le meilleur équilibre possible entre le fait de trop compter sur les autres, qui rend dépendant, et le fait de ne jamais solliciter les autres, qui rend solitaire. Pour certains responsables ou éducateurs, tout cela semble devoir passer après la formation, en termes d’importance. Mais cela doit passer avant, dans la chronologie : car pour s’adapter, il faut avoir le goût d’aller vers les choses et vers les gens.

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l’élaboration de l’Union Info.

Les services de l’Union des Aveugles ont fait le pari de recruter des spécialistes qualifiés et sont reconnus pour leur technicité bien au delà de notre région. Dès lors, que peuvent bien faire deux chefs de service à temps plein ? Pour le comprendre, j’ai rencontré Cyril APTEL, qui coordonnait le SAAAIS (service enfants) sur le bassin de Montpellier et le département du Gard, et Sophie NOGUÈS, qui partage son temps entre l’antenne pour enfants de Béziers, le SAPPA (service adultes) de l’Hérault et les services annexes (étudiants, formation, emploi et personnes de plus de 60 ans).

– Deux postes complets de chef de service, n’est-ce pas beaucoup ?

– On pourrait le croire quand on se souvient que le SAAAIS s’est développé sans chef de service de 1989 à 2001, et que le SAPPA a réussi son lancement sans chef de service de 2003 à 2007. Mais ce serait oublier que tout notre travail était assumé par le seul directeur, ce qui est progressivement devenu impraticable avec l’augmentation du nombre de salariés : une bonne trentaine aujourd’hui.

– En deux mots, quelle est la différence entre le travail de directeur et celui de chef de service ?

– Le directeur assume l’essentiel des responsabilités juridiques et budgétaires dans la conduite générale des services, mais aussi des responsabilités politiques pour l’articulation entre le projet associatif global et le projet particulier de chaque service. Bien sûr, nous travaillons en équipe sur certains dossiers : c’est le cas, par exemple, pour le référentiel d’évaluation des services, crucial pour leur prolongation au delà de 2011 ; ou pour la transformation du service adultes, seulement départemental à l’origine, en SAMSA financé à la fois par l’État et par le Département. Par contre, nos tâches spécifiques concernent la coordination des techniciens entre eux et celle de chaque projet individuel d’enfant ou d’adulte accueilli.

– En quoi consiste concrètement cette coordination ?

– Il faut que chaque partenaire comprenne bien la logique des projets d’accompagnement : pour cela, nous rencontrons régulièrement les responsables d’établissements scolaires, ceux de la MDPH, et même les parents d’enfants suivis par le service, afin que leurs dossiers soient parfaitement cohérents et aient plus de chances d’aboutir. C’est en particulier le cas pour les demandes de renouvellement de matériel. Ensuite, les services ont naturellement des comptes à rendre à leurs financeurs, et nous devons chaque mois vérifier les fiches de toutes les interventions. Enfin, pour que le travail de réadaptation puisse avoir lieu dans l’environnement effectif des personnes, nous devons assurer chaque semaine la planification des déplacements afin de répartir et rentabiliser au mieux les véhicules. En effet, beaucoup de trajets se font avec des voitures appartenant à l’Union des Aveugles.

– Tout ça est très administratif, non ?

– Pas seulement ! Nous impulsons aussi la communication entre les techniciens, pour que l’accompagnement global, qui est un des mots clés du projet associatif de l’Union des Aveugles, ne se traduise pas uniquement par une série d’interventions spécialisées, même si elles sont calculées pour être complémentaires. L’accompagnement global demande que l’on croise les disciplines, ce qui est beaucoup plus motivant pour les personnes accueillies, et leur permet d’élargir progressivement leur projet. Par exemple, en reliant un peu d’informatique adaptée aux AVJ (Activités de la Vie Journalière), on peut mieux faire sentir aux personnes tout ce que peuvent leur apporter les AVJ dont l’importance est souvent moins bien comprise. Ou encore, par l’accès aux sites Internet spécialisés et aux groupes de discussion, l’informatique va donner envie à une personne de pratiquer une activité en dehors de chez elle, ce qui l’incitera à progresser en locomotion.

– Vous êtes donc, en plus, spécialistes du handicap ?

– Non, et c’est justement leur complémentarité avec les techniciens qui rend les chefs de service utiles. La majorité d’entre eux ont au départ une formation d’éducateurs, donc assez généraliste et, un peu comme les assistants sociaux, nous sommes en contact régulier avec tous les partenaires, mais notre mission est d’avoir une vision d’ensemble de la réadaptation, et sur la durée.

– Et les usagers dans tout ça, comment les connaissez-vous ?

– Très souvent, c’est nous qui les accueillons lors de leur première venue à l’Union des Aveugles. C’est donc nous qui faisons le point avec eux sur leurs attentes et qui leur présentons les différentes possibilités : par exemple, pour les enfants, entrer au SAFEP ou au SAAAIS, tenter une intégration sans accompagnement ou partir en établissement spécialisé. Mais surtout, nous les aidons dans leurs démarches : pour les attestations, les évaluations, etc. En somme, pour que les services tournent, s’améliorent et relèvent les défis de l’évolution sociale, nous devons assurer de la planification en amont, du relationnel au quotidien et de la veille pour l’avenir.

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l'élaboration de l'Union Info.

Les adhérents de l’Union des Aveugles connaissent moins leurs noms que ceux des autres techniciens, et les rencontrent moins souvent au détour d’un couloir. Pourtant, c’est avec eux que l’Union a pris son nouveau souffle en 1991, lorsque le Président Louis GRAVIÉ a créé, pour la première fois en France, un Service d’Aide à l’Acquisition de l’Autonomie et à l’Intégration Scolaire (SAAAIS). Ils sont aujourd’hui sept enseignants spécialisés répartis sur les différents secteurs de l’Hérault et du Gard : c’est le corps de métier le plus représenté dans nos services.
Pour vous en apprendre davantage, j’ai rencontré leur coordonnatrice sur l’Hérault, Isabelle RIVOAL.

– Les responsables d’associations et de services ont souvent du mal à faire comprendre aux financeurs l’importance de la coordination pour la réussite d’un projet de réadaptation : qu’est-ce que vous coordonnez, au juste ?

– Comme coordonnatrice, je fais le lien entre les quatre collègues de l’Hérault, et avec l’inspecteur ASH du département, auquel nous sommes rattachés. En effet, chacun d’entre nous travaille sur les différents lycées, collèges et écoles d’un secteur géographique, et pourrait se sentir isolé : nous devons mettre en commun nos réflexions sur la pédagogie adaptée et harmoniser nos pratiques. Il faudrait d’ailleurs aussi échanger des informations avec les SAAAIS des autres régions de France, car il existe très peu de documentation sur l’intégration scolaire des enfants déficients visuels.

– Je suppose que chacun d’entre vous fait aussi beaucoup de coordination au quotidien ?

– Chaque technicien du SAAAIS qui intervient dans un établissement fait de la coordination. Mais nous servons de pivot entre l’établissement scolaire d’accueil, dont les enseignants et la direction n’ont jamais rencontré d’enfant mal ou non-voyant, et le SAAAIS qui accompagne l’élève dans sa réadaptation. Depuis la loi de 2005, cette activité a un cadre officiel, le Projet Personnalisé de Suivi, qui est une sorte de contrat entre l’établissement, le SAAAIS et la famille. Mais il n’impose qu’une rencontre par an entre les trois partenaires. Dans chaque secteur géographique, il y a aussi un enseignant référent pour tous les enfants handicapés accueillis, mais c’est nous qui devons garantir la cohérence du projet pour chaque élève, et faire comprendre les spécificités de la déficience visuelle et de la situation particulière de l’enfant.

– Au collège et au lycée, vous travaillez donc avec toute l’équipe éducative ?

– Quand c’est nécessaire, mais il ne faut pas multiplier les réunions qui compliquent l’emploi du temps et qui restent forcément théoriques. Le plus important, c’est de trouver une personne relais qui va être particulièrement motivée par le suivi concret de l’élève : cela peut être le professeur principal, le chef d’établissement, ou un autre administratif, le médecin scolaire, le psychologue ou l’assistant social, etc. Ce qui compte, c’est d’avoir un interlocuteur privilégié, parce que nous suivons chacun une dizaine d’enfants, presque toujours dans des établissements différents.

– Et les élèves, quand les rencontrez-vous ?

– Contrairement aux autres techniciens du SAAAIS, ce n’est jamais au domicile, toujours dans l’établissement scolaire. À l’école, ils peuvent s’absenter de la classe pendant une des activités. Mais dans le secondaire, il faut arriver à ne faire sauter aucun cours, ni aucune séance de réadaptation : nous rencontrons donc presque toujours les adolescents pendant les heures d’étude, une fois par semaine en moyenne, davantage s’ils en ont besoin. Avec les trajets d’un établissement à l’autre, cela nous fait des agendas assez compliqués à gérer.

– Mais il y a encore les parents et les autres techniciens du SAAAIS ?

– Nous rencontrons quelquefois les parents dans l’établissement scolaire mais, le plus souvent, dans une des antennes du SAAAIS et avec d’autres membres du service. Nous participons aussi aux réunions hebdomadaires de synthèse, chaque fois qu’il y est question d’un des élèves que nous accompagnons. Sur ce point, les nouveaux locaux de Montpellier, avec leurs possibilités de stationnement, ont beaucoup facilité les choses, même s’il reste encore des progrès à faire à Béziers.

– En plus des techniques indispensables à l’enfant mal ou nonvoyant, qu’apporte le SAAAIS à l’Éducation Nationale ?

– Fondamentalement, l’adaptation ou la transcription des manuels, car leur complexité de mise en page et de coloris empêche toute automatisation par des logiciels informatiques. Les versions agrandies en gros caractères doivent donc être fabriquées à la main, et le braille pose encore des problèmes, non seulement pour les tableaux et les schémas, mais pour la notation mathématique : le nouveau code braille français commence à peine à entrer en vigueur, et les élèves sont perturbés parce que beaucoup de livres ont été imprimés avant la réforme, donc avec l’ancien code. D’autre part, les centres de transcription nationaux préfèrent travailler les manuels récents qu’ils pourront rentabiliser ; or certains établissements scolaires gardent des manuels plus anciens. L’atelier de l’Union des Aveugles est donc irremplaçable.

– Y a-t-il d’autres éléments à améliorer pour favoriser l’intégration scolaire des enfants déficients visuels ?

– Notre propre formation ! et, du même coup, la transmission des expériences accumulées. Comme je vous le disais, il existe très peu de documents écrits, et nous apprenons avant tout par nous-mêmes, sur le tas. Selon la nouvelle réglementation, nous n’avons le droit d’aller à l’INSHEA (notre centre de formation, l’ex CNEFEI) qu’une fois que nous sommes nommés sur un poste d’enseignant spécialisé. Autrefois, la formation se faisait sur une année complète. Aujourd’hui, elle a lieu sous la forme de quatre stages de trois semaines, alors que nous avons déjà la responsabilité d’élèves en intégration : tout le problème est donc de se faire remplacer auprès des enfants. C’est la même chose pour les stages de formation continue, mais ils ne durent que trois jours. Ce point est crucial si nous voulons devenir des passeurs de savoir toujours plus performants.

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l’élaboration de l’Union Info.

« Mettre un pied d’vant l’autre et recommencer » ne suffit pas toujours, quand on est aveugle ou mal-voyant, pour arriver non seulement où l’on veut, mais sans plaie ni bosse. Voici à quoi veillent méthodiquement Claire BERNARD dans le Gard, Cathy BEFFARA et Malory FERRATY dans l’Hérault.

Locomotion

– Vous êtes donc locomotriciennes ?

– Non ! Ce mot-là n’existe pas. Ce qui existe, ce sont les psychomotriciens et psychomotriciennes : ils travaillent en salle sur la conscience de son propre corps et de l’espace immédiat, afin de parfaire l’équilibre et les repères corporels qui ont pu être perturbés par la perte de la vue, apprendre à gérer les tensions physiques, etc. En psychomotricité j’oriente mon corps dans l’espace, alors qu’en locomotion je me dirige à travers l’espace en direction d’un but.

– L’objectif est que la personne puisse assumer par elle-même ses déplacements quotidiens ?

– Oui, mais pour parer à toutes les éventualités et pour une véritable autonomie, cette étape doit arriver en tout dernier lieu. Il ne suffit pas d’apprendre les trajets par cœur et de se débrouiller tant bien que mal avec des repères de fortune. On apprend à se servir de toutes ses sensations : les possibilités visuelles pour les amblyopes, le toucher direct et indirect bien sûr, éventuellement l’odorat, mais surtout l’ouïe. De bonnes oreilles permettent de marcher au milieu du trottoir, en parallèle à la circulation automobile : c’est plus sûr et cela entraîne à aller droit, ce qui sera précieux pour les traversées de rues, de places et d’autres grands espaces. Dans le cas d’un adulte qui vient de perdre la vue, il faut compter environ un an pour une bonne maîtrise, à raison d’une séance par semaine, ou deux maximum.

– Dites donc, c’est une très longue marche !

– En effet, mais le jeu en vaut la peine : la récompense est dans l’aisance et dans la sécurité. L’objectif idéal, même si tout le monde n’en a pas besoin en tant que tel, c’est de pouvoir se déplacer dans une ville inconnue avec des explications orales et ses techniques de locomotion. Cela commence bien sûr par le maniement de la canne, dont il faut surtout travailler la coordination avec les pas. Puis on apprend comment se protéger et s’orienter dans un espace inconnu. Ensuite, comment s’y prendre dans un carrefour : avec feu, sans feu, à sens unique, à double sens. Enfin, viennent les grands espaces du type Comédie ou gare, et les transports en commun.

– Et c’est après tout cela que vous passez aux trajets usuels ?

– Oui. Nous varions aussi les plaisirs : certaines séances peuvent consister à travailler sur des plans ou maquettes que nous fabriquons nous-mêmes, ou encore à faire représenter un parcours par la personne à partir de l’explication d’itinéraire que nous lui donnons à l’oral. Puis on peut faire le parcours réel en suivant la personne pour la conseiller et, plus tard, l’attendre à un point de rencontre où elle doit aller par elle-même. Évidemment, le travail est beaucoup plus rapide quand il s’agit d’une reprise de la rééducation suite à un déménagement ou à l’arrivée d’un chien-guide.

– Quel est votre rôle lorsqu’une personne choisit cette aide dans le déplacement ?

– Les chiens sont dressés dans quelques centres spécialisés en France. Si la personne vient de perdre la vue, il faut faire tout le travail que nous venons de décrire avant la remise du chien. Sans cela, le maître risque d’avoir des réactions incompréhensibles qui perturberont son chien guide, et tous deux se trouveront dans des situations difficiles, voire dangereuses (car une personne déficiente visuelle ne peut en même temps apprendre à maîtriser son environnement et son chien guide). Il ne faut pas surestimer l’animal, le déplacement avec un chien guide requiert une participation active de la personne déficiente visuelle. Quand la personne a déjà l’habitude de se déplacer, ou change simplement de partenaire, il suffit de quelques séances de mise au point.

– Une autre situation particulière est celle de l’enfant mal ou non-voyant, car il ne peut pas être autonome tout de suite : que pouvez-vous faire avec lui ?

– Toutes sortes d’activités, qui passent souvent par le jeu, mais qui sont essentielles pour qu’il se structure bien, qu’il comprenne le monde autour de lui et puisse plus facilement devenir autonome le moment venu. Le premier point est de l’initier à la ville. Tout ça est déjà acquis quand on perd la vue après l’adolescence, mais pour un tout petit cela nécessite beaucoup d’explications, des schémas, des maquettes, des stimulations, de l’éveil sensoriel et de véritables mises en situation dans la rue puis, comme pour n’importe quel enfant, une initiation au code de la route.

– L’aide des parents n’est-elle pas indispensable ?

– Elle est capitale car, à pied comme en voiture, ce sont eux qui conduisent le plus souvent l’enfant et qui peuvent le mieux le rendre conscient des différentes situations, lui décrire l’environnement, lui donner envie d’être autonome et, tout particulièrement, le sensibiliser à la nécessité de la canne blanche. Ce sont les parents qui doivent d’abord être convaincus que, pour un handicapé visuel, le maniement de la canne est l’aide technique la plus sûre et la plus appropriée… la meilleure façon de marcher. »

Propos recueillis par Bertrand VÉRINE dans le cadre de l’élaboration de l’Union Info.

Next Page

Haut de page