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Handicap à l'université : quelles avancées ?

Télérama 3142 (31 mars 2010, p. 158)

C'est indéniable, l’université a fait des progrès considérables en matière d’accueil des étudiants handicapés. La loi du 11 février 2005 et la Charte université/handicap de 2007 portent leurs fruits, même si certains défis persistent.

Trois ans après la signature de la Charte Université/Handicap, qui visait l’amélioration de l’accueil des étudiants handicapés à l’université, le ministère de l’enseignement supérieur enregistre environ 1 000 inscriptions supplémentaires chaque année : le nombre d'étudiants handicapés passe de près de 9 000 à la rentrée 2007, à environ 10 800 à la rentrée 2009. Chaque établissement dispose aujourd’hui d’un service dédié pour l’orientation et le suivi de ces étudiants, et l’État accorde une enveloppe de 7,5 millions d’euros par an pour la prise en charge financière des aides individuelles « techniques » (achat de matériel spécifique, rémunération d’un traducteur en langue des signes, etc.).

La mise en accessibilité des savoirs est aussi facilitée par les nouvelles technologies, qui permettent par exemple de numériser les cours et les ouvrages. Côté accessibilité physique enfin, plusieurs universités ont été rénovées1 : nom des salles en braille, installation d’ascenseurs, automatisation des portes, etc. « La Charte Université/Handicap a donné un véritable coup d'accélérateur, grâce à une politique d'intégration claire et des moyens financiers supplémentaires », estime Éric Chenut, Président de l’association Droit au Savoir, qui soutient la scolarisation et l’insertion professionnelle des jeunes en situation de handicap2.

Des inégalités entre établissements

Pourtant, tout n'est pas encore gagné. Bertrand Verine, maître de conférence en Sciences du langage à l’université Montpellier 3 et membre du Groupement régional pour l’accès des personnes handicapées à l’enseignement supérieur (Graphes), déplore une application hétérogène des principes de la Charte : « certaines universités distinguent ce qu’elles peuvent prendre en charge et ce qu'elles doivent confier à des organismes spécialisés, mais d’autres, comme l'université Paul Valéry, estiment qu’elles peuvent agir seules ». Un non-sens dans ce dernier cas pour M. Verine, au regard de la multiplicité des formes de handicap et de la complexité de leur prise en charge : « la collaboration avec le secteur médico-social est essentielle car les moyens du bord ont leurs limites », insiste-t-il.

Autre problématique liée à la première, celle de la répartition des responsabilités et des financements : « se pose la question des besoins du quotidien, comme l'aide à la prise des repas par exemple, et de ce qui se passe hors de l'université (logement, transport, accès à la culture et au sport...). Il faut déterminer qui est responsable de quoi et qui finance quoi, entre l’État, les Conseils généraux et l’Assurance maladie », explique Éric Chenut. Des complexités administratives qui, selon lui, devraient se réguler avec le temps.

Priscilla Franken

1 Les universités ont jusqu'au 31 décembre 2011 pour se mettre en conformité.
2 Collectif inter-associatif et inter-handicap. Pour en savoir plus : www.droitausavoir.asso.fr

Témoignage

« L’information ne circulait pas » Angélique Paillet, malvoyante, a décroché son Master LEA à l’université de Lyon en 2008. Elle revient sur 5 années d’études... pas toujours simples.

Comment s’est déroulée votre scolarité à l’université ?

Pour mes deux premières années, j’étais à Saint-Étienne. On m’a informée que j’avais droit à certaines aides, comme le tiers temps lors des examens ou des photocopies agrandies, mais c’était à moi d’entreprendre toutes les démarches. Je veux dire que l’information ne circulait pas : je ne savais pas quels étaient les bons interlocuteurs, j’allais de prof en prof et de service en service pour expliquer mes contraintes... À un âge où on accepte mal son handicap, ce n’était pas évident.

Votre année de Licence en Écosse a-t-elle été différente ?

Complètement. Dès la première semaine, j’ai été convoquée par le service du handicap de l’université. On m’a présenté le matériel mis à disposition des étudiants handicapés et demandé quels étaient mes besoins spécifiques. Même les brochures de présentation existaient en gros caractères. J’ai beaucoup apprécié qu’on me demande « de quoi as-tu besoin ? », alors qu’en France ça a toujours été « c’est quoi que tu ne peux pas faire ? »

Qu’a apporté la Charte Université/Handicap selon vous ?

J’étais inscrite à Lyon lors de sa création. Malgré quelques changements, l’information continuait à mal circuler. Je trouve aussi que les étudiants ne sont pas suffisamment sensibilisés au handicap... le regard des autres est parfois difficile à gérer.

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